un entre devenir

« L'entre deux est une forme de coupure lien entre deux termes, à ceci près que l'espace de la coupure et celui du lien sont plus vastes qu'on ne croit ; et que chacune des deux entités a toujours déjà partie liée avec l'autre. Il n'y a pas de No Man's land entre les deux (...), il y a deux bords, mais qui se touchent ou qui sont tels que des flux circulent entre eux. » Daniel Sibony, Entre Deux

« Entre-deux, l'origine en partage » de Daniel Sibony a nourri et inspiré ce travail. La réflexion sur l'entre-deux interrogée comme impasse ou passage, en particulier entre mère et fille, entre une femme et elle-même et à fortiori entre deux femmes. Ces images visent à banaliser ce que l'amour a d'universel. C'est aussi l'apprentissage de la dépossession. Et au-delà des images, cette production créée dans l'absolu d'une histoire, devient autonome.

A propos de « un entre devenir »

D'un espace à l'autre, le corps s'étire. D'aujourd'hui à hier, de vous à moi, d'ici à là-bas, d'aujourd'hui à demain : chaque instant est un réveil, beau et langoureux, maigre et sensuel. Il est très difficile de saisir le corps dans sa nudité, parce qu'il veut toujours nous dire quelque chose d'autre que sa nudité, ses regards, ses poses- ou encore une volonté didactique ou esthétique du photographe. L'intimité dont s'approche Karine Lhémon nous est familière : cette femme-là qui s'étire au lit ou joue dans le bain, et joue de ses regards, pourrait être notre amante, notre soeur, notre amie ; ou nous-même, femmes, devant notre glace. L'image est banale et vive comme le mouvement du temps. On s'étire au lit comme on s'y allonge pour mourir. On joue, on bouge, Karine Lhémon scande cela dans des séries où se rythment les pauses amoureusement, se tendent la main ou les regards. Mais il semble qu'il y est ici un rapport unique avec la photographe, identifiable et mémorable dans le regard de cette jeune femme qui, tour à tour, alanguie d'amour ou joueuse, par fuite ou par provocation, accepte son rôle, se laisse aller parfois : la nudité n'est jamais montrée volontairement par le sujet, cependant le corps est l'objet du regard, à première vue. Aussi ce pouvoir et cette autorité sur ce corps juvénile de femme nous définissent : voyeurs, bien sûr, de l'érotisme, ou de cette langueur fugace, entre devenir si gaie, si triste, si vivante et partagée. Homme ou femme, nous viendrons à la Femme, cette femme, pour différentes raisons, nous resterons face à face. Et de nos propres raisons nous nous partagerons. C'est du cinéma.

Catherine Pernot Auteure et plasticienne

Séries de bandes composées de 24 à 36 photos de 12x216cm.

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