zone portuaire

La Zone Portuaire du Havre a fonctionné pour moi comme le théâtre d'un non-lieu idéal. Tour à tour, camp concentrationnaire, tour de contrôle ou encore arène, scène lyrique, fête foraine ou château de sable. Telles les hétérotopies dont parle Foucault, « (...) qui sont des sortes de contre emplacements, sortes d'utopies effectivement réalisées dans lesquelles les emplacements réels, tous les autres emplacements réels que l'on peut trouver à l'intérieur de la culture sont à la fois représentés, contestés et inversés, des sortes de lieux qui sont hors de tous lieux, bien que pourtant ils soient effectivement localisables. » (Extrait de la conférence « des espaces autres » en 1967). Y résonnaient les réminiscences d'une Z.U.P. Nord à Nîmes où j'ai vécu le déracinement d'une jeune Française qui a passé son enfance en Afrique du Nord. Le traitement choisi de la couleur la nuit brouille les notions de frontières (réel/irréel, périphérie/centralité, conscient/inconscient).

D'un questionnement intime, cette zone me ramène, en une remarquable unité de lieu, à sa propre réalité. Elle rassemble les paradoxes de notre société industrialisée : des entreprises à forte dangerosité jouxtent des habitations et un site de protection naturelle. Plusieurs espaces émergent qui, normalement, devraient être incompatibles. Elle pose l'exigence d'une réflexion sur les usages sociaux des territoires, en particulier sur la transformation des espaces publics. Ou comment peut-on repenser la ville en tant qu'oeuvre et matière, fabriquée par ses habitants.

 

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